Après Pupille et Je verrai toujours vos visages, la réalisatrice française Jeanne Herry signe Garance, portrait sensible et survolté d'une jeune femme alcoolique sublimé par l'interprétation magistrale d'Adèle Exarchopoulos (La Vie d'Adèle, L'Amour ouf). Sélectionné en compétition officielle au Festival de Cannes 2026
Garance est une jeune actrice alcoolique. Huit ans d'un parcours fait de travail, de déménagements, de rencontres, de fêtes et d'angoisses, de joies et de coups durs. Mais aussi une révolution intime, amicale et sexuelle, un chaos aux allures de « grande récré » où se mêlent autant d'amour que de destruction.
Ce qui, de prime abord, distingue Garance d'autres films traitant du même sujet, c'est la jeunesse et la fraîcheur de son personnage principal. Garance est une jeune femme contemporaine, une artiste pleine d'élan, bosseuse, joyeuse, festive aussi, avec, certes, la main un peu lourde sur la boisson, mais rien d'alarmant, car il y a toujours une bonne occasion de boire un verre.
Dès l'ouverture, la voix off de Garance nous raconte son histoire et ces éléments anodins qui, mis bout à bout, l'ont menée à mesurer l'ampleur de son alcoolisme. Un alcoolisme mondain mutant progressivement, au fil des années, en quelque chose de plus sournois. Un alcoolisme furtif, presque invisible parce que très largement admis par la société mais qui, pourtant, au gré des gueules de bois, des amnésies passagères et des rendez-vous manqués, la renvoie inévitablement au constat que la fête a assez duré.
De film en film, Jeanne Herry démontre davantage son habileté à rendre compte des expériences humaines dans lesquelles nous pouvons toutes et tous nous reconnaître. Elle possède ce talent subtil pour doser avec justesse le rythme et l'émotion, cette manière de diriger les acteur·ices vers un naturalisme bluffant qui favorise l'identification, mais aussi ce regard profondément humain posé sur ses personnages qui transcende chaque scène et lui confère une portée plus universelle.
Évidemment, il fallait une comédienne de l'envergure d'Adèle Exarchopoulos, dotée d'un magnétisme qui s'accroche férocement à la caméra, pour nous surprendre et nous captiver tout au long du film. De tous les plans, traversant toute la palette des émotions, elle nous emporte dans le sillage de Garance, cette jeune femme drôle, avide d'expériences et de rencontres, mais dont l'énergie s'assimile parfois à une boule de feu difficile à canaliser. À ses côtés, d'autres actrices tout aussi impressionnantes – dont Sara Giraudeau dans le rôle de Pauline, sa compagne douce et compatissante –, l'accompagnent dans cette trajectoire intime semée d'ivresse et d'embûches.
Comment faire quand l'addiction à l'alcool, qui structure parfois joyeusement notre vie, se révèle aussi être celle qui l'abîme à petit feu ? Une question que le film fait invariablement émerger et qui devrait résonner en plus d'un·e d'entre nous.
Alicia Del Puppo, les Grignoux